Qu’est-ce qui fonde le caractère internationaliste de la révolution haïtienne ?

La révolution haïtienne revêt un caractère nationaliste que les historiens s’expliquent de façon multiple et divergente.

La révolution haïtienne qui a accouché l’indépendance d’Haïti fut l’apanage de perceptions aussi multiples que divergentes. Pour camper le caractère internationaliste de cette révolution l’historien afro-américain, Rayford W. Logan parle « d’une anomalie, d’une menace et d’un défi ». Cependant, pour l’historien haïtien Wien Weibert Arthus, c’est le triptyque : « liberté, citoyenneté et propriété » qui peut expliquer le fondement de l’idéal des pères fondateurs à travers cette révolution.

Alors que les premiers dirigeants du pays entreprenaient de consolider les acquis de l’indépendance par l’application d’une politique exclusiviste visant à poursuivre les étrangers héritiers des atrocités de l’esclavage, le pays s’était converti en une terre de refuge pour tous ceux qui fuyaient l’oppression, peu importe la couleur de leur peau à travers le ‘‘triptyque liberté, citoyenneté et propriété’’.

Ce triptyque liberté, citoyenneté et propriété, raconte Wien Weibert Arthus, se trouve au cœur du caractère internationaliste de la révolution haïtienne. Il confie que les recherches montrent qu’un nombre considérable d’esclaves avait fui les colonies voisines pour être libres en Haïti.De plus, la nationalité haïtienne et le droit de propriété leur avait également été accordés, alors qu’une certaine catégorie d’étrangers se voyait, bien malheureusement, chasser et déposséder de leurs terres acquises dans le cadre de la colonisation.

Haïti comme terre de refuge, une prérogative constitutionnelle haïtienne

Pour plusieurs historiens et spécialistes des droits humains, la République Haïti s’est érigée en un pan de solidarité et un refuge pour les opprimés. Le cas le mieux documenté, soutient l’auteur de la « Politique étrangère des Pères fondateurs de la nation haïtienne »,est celui des esclaves de la colonie britannique de Jamaïque. Parce que ce cas-ci a été, informe-t-il, l’objet de disputes internationales opposant le jeune gouvernement haïtien et les autorités britanniques et propriétaires d’esclaves d’alors.

En effet, d’après le présent ambassadeur d’Haïti auprès du Canada, « en 1817, sept esclaves en quête de liberté, ont saisi un bateau à bord duquel ils servaient et l’ont conduit vers Haïti où ils ont trouvé la protection légale et tous les privilèges garantis par la Constitution haïtienne ».

Malgré les pressions des propriétaires d’esclaves et des autorités britanniques pour que les sept esclaves soient rendus à leur maître, le président Alexandre Pétion n’avait pas cédé, évoquant l’article 44 de la constitution  de 1816. Cet article stipule que « Tout Africain, Indien et ceux issus de leur sang, nés dans les colonies ou en pays étrangers, qui viendraient résider dans la République seront reconnus haïtiens, c’est-à-dire libres et citoyens », ajoute l’auteur.

Le caractère internationaliste du triptyque selon Arthus

Tous ceux qui fuyaient l’oppression, sans discrimination aucune, trouvaient asile auprès du gouvernement haïtien, nous dit l’historien. « Les Polonais et les Allemands qui avaient abandonné l’expédition Leclerc pour épouser la cause de la liberté ont eu le privilège d’obtenir des propriétés ainsi que la nationalité haïtienne avec tous les droits y afférant », souligne le diplomate dans son article.

En outre, ce même privilège, enchaine-t-il, a été octroyé aux Africains et aux Amérindiens qui, en foulant le sol haïtien, devenaient libres. Ce qui a encouragé les Afro-Américains à fuir l’esclavage et la ségrégation aux États-Unis pour s’établir en Haïti pendant le 19ème siècle.

Soulignons qu’un siècle après ces prouesses la République d’Haïti n’a pas chômé dans ses œuvres.  En 1939, à l’approche de la Seconde guerre mondiale, elle avait accueilli pas moins de 300 familles juives sur son territoire, fuyant la persécution du régime nazie en Allemagne. Et du même coup bénéficier du droit à la  nationalité par contumace et la citoyenneté ‘‘in absentia’’par un décret du gouvernement du président Sténio Vincent.

Clashisky D. LAROSE

Read Previous

De l’agenda politique à une politique publique, condition pour l’intervention de l’État

Read Next

Néhémie Bastien, l’actrice principale de Freda concourt au Prix du Public Africain à Sotigui Awards 2021