Les eaux d’Haïti, un patrimoine à exploiter

En Haïti, les eaux revêtent un fort symbolisme qui en fait un élément sacré et essentiel de la culture haitienne. Elles servent à la fois d’élément rituel et de brassage de la population dans ses différentes couches sociales. Elles représentent, pour la plupart, un patrimoine à exploiter.

Par-delà l’extravagance de sa beauté, l’univers aquatique haïtien regorge de récits merveilleux. Le symbolisme de l’eau renvoie au sacré, au spirituel et à un mysticisme imposant et envahissant. Au-delà de la réalité des eaux, s’ajoutent aussi les mythes et les légendes associés à telle source d’eau en raison de son histoire ou de son origine. Des mythes perpétués de génération et en génération à travers des récits merveilleux.

On n’est pas haïtien si on ne croit pas à ces récits. D’ailleurs si les loas vivant dans l’eau nous ont abandonnés c’est parce que nous les renions, nous les rejetons au profit d’une arrogance mal placée. Autrefois, les sirènes étaient nos amies, nous vivions en parfaite harmonie avec elles mais nous les avions fait fuir notre ile, notre perle des Antilles est alors tombé  au plus bas. Les histoires sont là pour nous rappeler qui nous sommes et ne sont pas juste des mythes“, rappelle Henry, prêtre vaudou de St-Louis du sud.

Elément principal dans le vodou

En Haïti, l’eau est souvent  utilisée comme élément principal  dans les cérémonies vaudou. Les divinités qui y habitent sont interpellés pour accomplir des miracles. Selon, une croyance populaire ils prendraient aussi des âmes contre leur gré en les emmenant dans un monde parallèle avec une promesse de vie meilleure à leur retour.

Eaux vivifiantes, eaux bienfaitrices, eaux guérisseuses, eaux miraculeuses, autant d’adjectifs attribués à  l’eau pour témoigner de ses vertus magiques.

Situé  à quelques mètres de mirebalais, le bassin Zim d’une allure de paradis perdu abriterait un Loa, du nom de lwa blanc dont des pèlerins viennent souvent solliciter l’aide. L’aide est accordée si les esprits aiment le demandeur ou pas. Si une goutte d’eau tombe sur votre visage vous saurez que votre demande a été agrée.

Sources de dons et cachettes à trésor

En plus d’être un élément rituel, l’eau sert également à la transmission/réception de dons. Certaines sources d’eau sont même vénérées pour être des cachettes à trésor accessible seulement aux âmes élues.

Selon les rites d’usage, les prêtres et prêtresses vaudou reçoivent des dons et sont sacralisés dans certains sites aquatiques. Par exemple, l’histoire populaire raconte que le célèbre chanteur vaudou feu Azor aurait reçu ses grandes aptitudes à maitriser le tambour à la  chute Saut-d’eau dans le département du Centre du pays.

Maryse prêtresse vaudou de Gressier, confie qu’elle aurait reçu ses dons de guérison en songe et qu’Erzulie, l’aurait envoyé à Saut-d ‘eau pour les recevoir. « Il m’a fallu 3 jours de marche pour atteindre la chute, ensuite j’ai eu une révélation, Erzulie m’a demandée d’accéder à la végétation en dessous de la chute. Et j’ai reçu le don », renchérit-elle.

Par ailleurs, le Bassin bleu, l’un des sites les plus impressionnants situé au sud-est du pays cacherait des trésors de l’époque coloniale. Invisibles à l’œil nu, les lingots d’or apparaitraient tous les midis à des personnes que les esprits de l’eau auraient choisies, selon les natifs de la zone.

« J’avais été enlevé dans ma jeunesse. J’avais environ 15 ans quand les esprits de l’eau m’ont enlevé  m’a emmenée avec elle alors que j’ai été joué avec des amis au bord de l’eau. J’ai passé 3 mois avec elle avant de me renvoyer sur terre avec le don de lire les secrets les plus intimes », nous raconte Ti Lo. 

Eaux, une mosaïque sociale en Haïti

Si pour les étrangers  les eaux sont considérées comme des sites touristiques ou des sites champêtres traditionnels, pour les Haïtiens les eaux représentent un lieu de pèlerinage, un patrimoine emblématique lié au culte vaudou leur permettant de se retrouver. Toutes les classes sociales se mêlant et se confondant.

En fait, dans les eaux fraiches de Saut-d’eau, dans la localité de Hinche lettrés ou analphabètes, aisés ou précaires,  se dénudent sans complexe, iluminant bougies en main, se lavent, à la recherche d’une certaine purification.

« Ici, nous sommes tous enfants de la vierge, pas de classe sociale, ni de limites imposées », déclare l’homme d’une cinquantaine d’années.

Limités qu’au décor du vaudou et des superstitions, ces sites qui exercent un grand pouvoir d’attraction présentent un potentiel touristique considérable. Si exploités intelligement, soutient l’ancienne ministre du Tourisme Stéphanie Villedrouin, ils pourraient rebooster le secteur touristique en Haïti et développer l’économie régionale. Aussi, la ministre avait entrepris un vaste chantier de réhabilitation et de revalorisation des sites touristiques les plus attractifs. Malgré les efforts faits en ce sens par l’Etat haïtien, ces patrimoines touristiques restent inexploités.

Dayanne CODIO

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