Le sort des migrants haïtiens de Del Rio consterne et indigne

U.S. Customs and Border Protection mounted officers attempt to contain migrants as they cross the Rio Grande from Ciudad Acuña, Mexico, into Del Rio, Texas, Sunday, Sept. 19, 2021. Thousands of Haitian migrants have been arriving to Del Rio, Texas, as authorities attempt to close the border to stop the flow of migrants. (AP Photo/Felix Marquez)

Les traitements inhumains infligés aux réfugiés haïtiens à la frontière du Texas à partir du 20  septembre 2021 ont soulevé l’indignation tant au niveau international que national. Un peu partout dans le monde des voix s’élèvent pour condamner ces agissements assimilables au temps de l’esclavage des noirs et appeler au respect de la dignité et des droits des migrants haïtiens.

Tenant compte du principe de respect des droits de l’homme et de la dignité humaine, le traitement inhumain infligé aux refugiés haïtiens de Del Rio par les autorités américaines  ont soulevé une vague indignation tant au niveau international que national.

Selon le représentant du Fond des Nations unies pour l’enfance en Haïti (l’Unicef), Bruno Maes, la détérioration humanitaire des expulsés durant leur déportation est une préoccupation majeure pour l’Unicef. Des enfants, des femmes enceintes et même des nouveaux nés sont déportés.

« Plus de deux haïtiens sur trois retournés à Port-au-Prince jusqu’à présent sont des enfants ou des femmes y compris de nouveaux nés avec des besoins spécifiques »,  a-t-il déploré dans une interview accordée à France 24.

Réactions aux États-Unis.

Des images divulguées par des médias ont montré le traitement inhumain infligé par des garde-frontières aux réfugiés haïtiens  le samedi 20 septembre 2021. Une situation qui a vite soulevé la colère de la communauté internationale. Certains pensent que le comportement des gardes-frontières est pire qu´à l’époque de l’esclavage.

C’est le cas de la congressiste de Californie, Maxine Waters qui a confirmé que : « ce dont nous avons été témoins nous ramène des centaines d’années en arrière » en précisant que « ce dont nous avons été témoins est pire que ce dont nous avons été témoins en esclavage ».

Par ailleurs, la vice-présidente des États-Unis Kamala Harris a qualifié « d’horrible » ce qui s’est passé à la frontière mexico-américaine et soutient une enquête.

« Ce que j’ai vu, ces individus à cheval traitant des êtres humains comme ils l’ont fait, est horrible et je soutiens pleinement ce qui se passe actuellement, à savoir une enquête approfondie sur ce qui se passe exactement là-bas »,  a-t-elle déclaré.

L’indignation haïtienne

Solidarisant avec le peuple haïtien, l’envoyé spécial des États-Unis en Haïti Daniel Foote a dénoncé la décision inhumaine des autorités américaines d’expulser les migrants haïtiens, dans une lettre de démission adressée au secrétaire d’État américain Antony Blinken.

  « Je refuse d’être associé à la décision inhumaine et contre-productive  prise par les États-Unis d’expulser des milliers de réfugiés haïtiens et d’immigrants illégaux vers Haïti », a-t-il indiqué.

Intervenant à la 76ème session ordinaire des Nations unies, le Premier ministre haïtien Ariel Henry a souligné que « ces images du traitement infligé à ses compatriotes à la frontière entre le Mexique et le Texas ont choqué plus d’un » et rappelé aux États-Unis qu’ils ont été bâtis par des migrants.

« Sans vouloir contester le droit d’un État souverain de contrôler l’accession d’étrangers à son territoire ou de renvoyer dans leur pays d’origine ceux qui y pénètrent illégalement, nous croyons que beaucoup de pays aujourd’hui prospères ont été construits par des vagues successives de migrants et de réfugiés, a-t-il précisé.

Des marches ont été organisées un peu partout aux États-Unis pour protester contre les conditions inhumaines des haïtiens, de non-respect des droits humains. Certains migrants déportés ont témoigné que les conditions de la déportation sont infrahumaines : enchainés aux pieds, aux mains… ont-ils rapporté.

En effet, des avocats haïtiens résidant aux États-Unis manifestent leur volonté d’attaquer en justice l’administration Biden «pour mauvais traitements infligés aux migrants latino-américains et pour racisme systémique contre les Haïtiens », a rapporté un média local.

Parcourir une grande partie de l’Amérique du Sud  jusqu’au Mexique pour se rendre aux États-Unis à la recherche de meilleures conditions de vie, ces haïtiens qui ont laissé leur pays ont connu une situation difficile sous le pont Del Rio reliant le Texas et le Mexique.

Bon nombre de personnes ont questionné le comportement des autorités américaines et plaident pour une solidarité internationale en ce moment, face à cette situation non-conforme aux nombreuses conventions de droits de l’homme signées par les États-Unis.

En provenance du Brésil et du Chili où ils résidaient en quête de meilleures conditions de vie, un nombre important de migrants haïtiens se sont rués sous le pont international séparant le Mexique du Texas dans la zone de Del Rio en attente de pouvoir entrer aux États-Unis. Pour tout accueil, ils ont été  expulsés et certains rapatriés.  À date, « 2 000 ont été rapatriés en Haïti, 8 000 sont retournés au Mexique et 5 000 sont gardés dans des camps sur le territoire américain », a informé le secrétaire d’État à la Sécurité intérieure Alejandro Mayorkas.

Contraints de vider les lieux, les migrants haïtiens ont été pourchassés par des policiers blancs américains à cheval qui les agrippaient à l’épaule ou les menaçaient de leur lasso. Dans une vidéo tournée par Reuters le 19 septembre 2021, un de ces policiers parait même fouetter un migrant haïtien avec son lasso.

Ces images critiquées aux quatre coins du monde ont été jugées « scandaleuses » par le président américain Joe Biden qui réclame une enquête et promet que les auteurs de ces agissements assumeront les conséquences. Des agissements qui rappellent le temps de l’esclavage des noirs arrachés d’Afrique pour être assujettis au travail dans les plantations de sucre, de café et de coton en Amérique et dans la Caraïbe.

Migrants haïtiens refoulés à la frontiêre du Texas @Koukouwouj

Christophane J. DORVIL et Sovensky W. JOSEPH

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