Comment créer l’image de l’haïtien

Estimant que la République d’Haïti est restée presqu’à « l’image de la société coloniale », avec une société constituée de strates où prévaut une nouvelle classe dominante, l’éducatrice haïtienne Madame Franck Paul plaide pour une Haïti cohérente où les opportunités sont accessibles à tous et l’éducation de qualité est garantie à tous les enfants. Une éducation tout aussi cohérente pour « créer une image d’Haïti et de l’être haïtien ».

L’éducation en Haïti doit avoir  « la cohésion des idées » afin de parvenir à créer  une image d’Haïti et de sa population, a plaidé Madame Frank Paul. L’Haïtien est devenu un être disparate avec une pluralité de mentalités, un produit diffus, étant« à la fois africain, indien, français »,  a déclaré cette institutrice de carrière, tout en évoquant l’intérêt de trouver un point de convergence ou ces nombreuses différences permettront d’obtenir l’image d’un haïtien.

La société haïtienne est constituée de « strates », a-t-elle dit. « Nous sommes restés presqu’à l’image de la société coloniale ». Il y a un groupe de personnes qui a « remplacé la classe dominante », tandis que« la classe dite moyenne disparait… c’est comme s’il restait les maitres et les esclaves », renchérit la directrice du Collège Canapé-vert, dans son intervention à l’émission « Opinion » sur Télé Superstar en décembre 2018.

Quand on dit que vingt personnes sont mortes, c’est à l’image de 20 esclaves morts. Cela n’interpelle pas les esprits autant que lorsqu’on dit : M. X est mort. L’intérêt du peuple ne concerne nul autre que lui à moins qu’on ait besoin de lui afin d’augmenter sa capitale politique, alors c’est la continuité du régime colonial, a-t-elle argumenté.

Le  pourcentage d’enfants non scolarisés est assez élevé, et pour ceux qui y vont, la qualité de l’éducation qui leur est transmise est très douteuse. Ces inégalités sociales et autres empêchent à Haïti d’être un pays cohérent. Il y existe une forme d’hypocrisie.

Tandis que les mêmes opportunités devraient être offertes à tous les citoyens d’Haïti si on veut accorder au pays la possibilité de connaitre la paix.

Cependant, parler d’une école haïtienne reste flou dans l’imaginaire haitien. Il y a trop d’exclusion faute de quoi « Haïti mourra si rien ne change », a-t-elle expliqué au micro de Jean Jules Désauguste.

Évoquant les mouvements de contestation, Mme Frank Paul souligne que le peuple est conscient des inégalités existant même si la stratégie ne soit pas la meilleure. Une tension qui devrait être apaisée en assurant la sécurité des besoins primaires du peuple, a-t-elle estimé.

Côté éducationnel, tous les enfants devraient avoir les mêmes « chances ». Et la nouvelle technologie serait un outil efficace pour ce faire, vu la différence au niveau de formation des enseignants à travers tout le pays.

Le ministère pourrait « élaborer des ouvrages scolaires avec des haïtiens et pour les haïtiens. Plutôt que de traduire des matériels venant d’autres pays. Répondant à l’haitien qu’il voudrait former et ensuite « je ne vois pas d’autre issu pour le moment », a-t-elle conseillé.

Son intervention rejoint les déclarations du professeur Roland Matthieu, ancien responsable du Centre de Formation pour l’Ecole Fondamentale sis à Martissant 1, dont la mémoire s’oublie peu à peu, autour de la nécessité de créer une école haïtienne. N’ayant jusque-là reproduit que des modèles d’écoles d’autres sociétés. « C’est à vous, cette génération montante, de créer une école haïtienne, avec des ouvrages haïtiens ou les illustrations ont un sens réel dans l’imagination des petits haïtiens », disait-il.

Les enfants étant l’avenir du pays, s’ils ne sont pas éduqués, on pourrait dire que le pays n’a pas d’avenir. « Il faut commencer par les enfants et utiliser les nouvelles technologies », a conclu la directrice du Collège Canapé-vert.

 Esther LARRIEUX

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