Ce qu’on ne sait pas de la participation des femmes à la révolution haïtienne

Marie-Jeanne Lamartinière par Ronski-Love

Méconnues de l’histoire, les femmes sont reléguées à des rôles secondaires. Pourtant, elles représentent des pièces maitresses dans la lutte des esclaves et des héroïnes qui ont également forgé la révolution haïtienne, selon certains historiens.

Au regard de l’opinion générale, les femmes ne servaient qu’à soigner  les blessés sur les champs de bataille et à appâter les soldats français pour l’armée indigène durant la révolution haïtienne. Toutefois, selon certains historiens, elles ont apporté bien plus.

Un rôle d’avant-garde

Les femmes ont participé activement dès la genèse de la révolution. Plus portées au sacrifice de leur être, elles se prêtaient volontiers aux missions les plus périlleuses. Elles ont été à la fois soignantes, éclaireuses, soldats, gourous, espionnes et chevalières de nuit qui égorgeaient ou empoisonnaient les colons.  Elles menaient déjà les cinq formes de protestation des esclaves à l’époque coloniale. Le marronnage, l’empoisonnement, l’incendie des plantations, le suicide et l’infanticide, des formes protestations mais aussi des moyens de résistance.

Les femmes s’organisaient en société secrète nocturne appelée « chanpwel » pour planifier leurs actions. Fort de leur grande connaissance des plantes, elles composaient les poisons et les breuvages envoûtants. Rôle peu connu, les femmes se chargeaient principalement d’empoisonner  les colons le soir et d’éveiller les esclaves au marronnage. Elles leur indiquaient la route pour fuir les champs et  gagner les montagnes. Selon la légende, leur coiffure servait de cartographie.

Cécile Fatiman, Victoria Montou, Marie Jeanne Lamartinière, Henriette Saint Marc représentent des prototypes de ces femmes qui ont également forgé la révolution haïtienne.

Cécile Fatiman, la prêtresse vodou

En août 1791, le Congrès du Bois Caïman réunissant plusieurs chefs de tribus d’Afrique réduits à l’esclavage a posé les jalons de la révolution. Une des figures principales de la révolution haïtienne, Cécile Fatiman de son vrai nom Louise Geneviève Coidavid  née d’une mère esclave et d’un prince Corse était la  prêtresse vodou qui a officié aux côtés de Boukman lors de cette cérémonie. Drapée d’une grande robe blanche et chevauchée par la déesse Erzulie, elle a plongé la lame sacrée dans les entrailles du « kochon kreyol » (porc) et laissé jaillir le sang de la bête. Ce sang transcendant qui  rendrait « invulnérables » les soldats indigènes qui le buvaient.

Muses et guerrières

Que serait le Père de la nation sans la formation de sa tante Victoria Montou? Tante Toya était esclave sur l’Habitation d’Henri Duclos avec son neveu. Déjà, embrasée par les flammes de la révolution, elle a mené une résistance avec 50 esclaves qui a plutôt mal tourné. Elle  a inculqué au Père de la nation  les premières idéologies révolutionnaires. Grande guerrière, elle a participé activement comme soldat dans l’armée révolutionnaire de Dessalines et assuré la formation militaire de son neveu.  Elle a été nommée impératrice en 1805, et est morte suite à des complications de santé.

Épouse du chef de brigade Louis Daure Lamatiniere, mulâtresse et grande guerrière, Marie-Jeanne Lamatiniere était une femme soldat très active dans la bataille de la Crête-à-Pierrot. Le 12 mars 1802, dans l’attaque menée par  le général Leclerc, Marie-Jeanne travestie en homme, munie de son fusil, bondissant de gauche à droite sous les pluies des projectiles, a surpris plus d’un. Son courage et sa présence féminine sur le champ de bataille du 4 au 22 mars 1802 auraient relevé le moral de ses frères d’armes.

Henriette, espionne à la perfection

Henriette Saint Marc  était une fidèle espionne de l’armée révolutionnaire de Toussaint Louverture en 1792. Sa beauté, son charme et son origine sociale lui ont permis d’entretenir des liaisons avec des officiers et soldats français. Une situation dont elle  a profité pour soutirer des  informations, voler de la poudre à canon, des armes pour les insurgés et attirer  les français dans des pièges. Essuyant échec après échec, en 1802 les français ont fini par démasquer Henriette, l’ont arrêtée et pendue. Ses actions ont constitué des prémices pour  la révolution.

Les femmes haïtiennes ont donné de leur sueur, de leur sang et de leur vie pour porter la révolution haïtienne et accomplir des exploits qui leur valent à jamais le statut d’héroïnes. Des monuments historiques au billet de banque, leur nom ou portrait y sont inscrits pour perpétuer leur mémoire et valoriser leur contribution.

Sovensky W. JOSEPH

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